Montréal le 5 octobre 2019 | Article de presse

Le vendredi 27 septembre, à Montréal, un demi-million de personnes ont pris la rue pour réclamer des actions urgentes pour contrer les bouleversements climatiques.

Au Québec, elles n’étaient pas seules. Cinq mille personnes à Sherbrooke — la plus importante manifestation de toute l’histoire de la ville. Quatre mille à Trois-Rivières. Et des milliers ailleurs. À cet égard, d’après ce qu’on entend, le Québec est devenu une impressionnante vitrine mondiale de ce combat crucial.

Oui, mais maintenant, on fait quoi ?

Une option : modifier le système de l’intérieur. Influencer les investissements. Diriger les fonds disponibles vers les initiatives qui favorisent la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques. C’est ce qu’on appelle l’investissement « vert ». En anglais, on dit « Money talks ». L’argent parle, ou peut parler et agir… si on sait le diriger.

C’était précisément le thème d’une conférence organisée par l’organisme Concertation Montréal le 19 septembre. Quelque 150 personnes y assistaient. Objectif : clarifier les termes, présenter les stratégies… et dissiper les mythes. Le tout, devant un public composé autant de professionnels et de mandataires de régimes de retraite que d’investisseurs individuels intéressés par ces produits « verts », si tant est qu’ils existent. Les sceptiques ont été confondus.

« Et comment, qu’ils existent ! » leur a répondu une des conférencières, Rose-Marie Vendette, consultante en finances durables et chargée de cours à l’Université de Sherbrooke. « Au dernier décompte, on en comptait quelque 270 disponibles juste au Canada. » Et il s’en ajoute régulièrement. Pas compliqué : le besoin crée l’organe.

Au Québec, il faut se reporter à 1990, quand le Mouvement Desjardins, un des premiers à s’engager, a ajouté à sa petite famille de fonds communs (qui en comptait tout juste trois) un nouveau fonds, le « Fonds environnement ». Objet de sarcasmes par des mal-pensants dès son lancement, il a fait des petits, donnant entre autres naissance aujourd’hui au fonds Sociéterre, plus ciblé, alors qu’à l’origine les critères étaient plutôt larges… Mais on innovait, et l’intention était louable. Toutes les grandes institutions financières y sont désormais sensibles, et le potentiel d’investissement n’a cessé depuis de grandir.

De quels placements parle-t-on ? On parle d’entreprises qui peuvent bénéficier de la lutte contre les changements climatiques, par exemple dans le domaine de l’énergie, ou bien de celles qui proposent des solutions aux défis qui s’additionnent.

Pensez à tout ce qui a trait à l’électrification des transports. Aux nouvelles pratiques agricoles. À une véritable mise en valeur des déchets. Il faut aussi considérer les fonds communs de placement, de plus en plus nombreux, qui les regroupent et offrent ainsi un plus large éventail en répartissant le risque. Le fameux risque. Une idée trop largement répandue veut qu’il faille sacrifier un rendement raisonnable à ses principes. Oui, j’aide à préserver l’environnement en investissant de façon responsable, mais inévitablement je vais y perdre au change…

« C’est faux ! » répond sans hésitation Rose-Marie Vendette. Statistiques à l’appui, elle souligne que 90 % des études universitaires sur le sujet montrent des rendements positifs ou, au pire, neutres pour l’ensemble des produits offerts. Et les trois quarts des fonds d’investissement concernés font mieux que la moyenne dans leur secteur. Sacrifice ? Plus vraiment.

« De toute façon, dit-elle, les gestionnaires de portefeuilles n’ont pas le choix, leur mission est d’offrir aux caisses de retraite, par exemple, un rendement convenable. » Et les possibilités augmentent en même temps que les pressions qui surgissent de partout. Il faut innover.

C’est exactement ce qu’a fait l’Université Concordia en émettant en février un premier bloc d’obligations « durables » dans cette même lignée. Deux avantages : ces obligations étaient destinées à financer en partie le futur incubateur de sciences appliquées de l’Université, avec l’accent mis sur des technologies environnementales, et elles offraient un rendement quand même attrayant de 3,626 % sur 20 ans. Une gageure ? Peut-être. Mais gageons aussi que d’autres vont suivre. Pour les particuliers, souvent dépassés par les soubresauts de l’économie, le défi demeure imposant. Comment concilier ses convictions avec le désir tout à fait légitime de faire fructifier ses épargnes ? Sans trop savoir ce qui lui est offert ?

« Il faut poser des questions, dit Rose-Marie Vendette, et ne pas hésiter à questionner son conseiller ou sa conseillère en lui faisant savoir ce qu’on cherche. »

Les grandes institutions sont de mieux en mieux outillées pour offrir des possibilités d’investissement. Il se peut que la personne en première ligne ne puisse répondre sur-le-champ, mais, bien appuyée, elle devrait être en mesure d’arriver avec des suggestions.

Et si elle n’y parvient pas ? Ou, pire, si elle déconsidère ouvertement l’intention de son client ou sa cliente en insinuant que c’est peine perdue ? Il y aurait là un problème.

Oui, il est possible que, comme dans tout placement, le rendement ne suive pas. Mais au train où vont les choses, ce n’est certes pas l’investissement vert qui est risqué. Peut-on croire à une prospérité accrue pour les pétrolières, les cigarettiers ou les fabricants d’armements ? Alors que le mouvement s’amplifie en faveur des technologies vertes ?

Manifester pour protéger la planète contre les écarts climatiques, c’est bien. Agir concrètement, c’est encore mieux. À cet égard, la finance peut devenir une alliée au lieu d’être encore et toujours perçue comme une ennemie.

Article | Le Devoir – 04 10 2019